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21.04.22

Quels sont les effets de l’endurance intensive pour le cœur ?

Cardiologie
Les bienfaits du sport sont bien connus, mais les risques d’une pratique extrême pour la santé du cœur le sont moins.

On dit que le cœur ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Comme tous les muscles, il se fortifie avec l’effort, surtout lors de la pratique d’une activité physique modérée, c’est-à-dire dont l’intensité correspond à 60-70% de l’effort maximal possible. On parle ici d’endurance, un type d’entraînement dans la durée bénéfique pour la santé en général, et pour le cœur en particulier, puisqu’il apprend à ne pas s’emballer. La circulation sanguine est stimulée, les organes et les muscles sont mieux oxygénés, bref, le corps entier en profite. La course à pied, le cyclisme, le ski de fond ou toute autre activité sportive peuvent procurer ces bienfaits pour la santé.

Cependant, les personnes qui enchaînent les longues séances d’entraînement à un niveau trop intensif risquent d’endommager leur pompe cardiaque. En effet, un effort physique trop important peut, à terme, augmenter fortement le débit cardiaque et la tension artérielle. Or, cette adaptation physiologique est elle-même susceptible d’entraîner une fibrillation auriculaire. Cette forme fréquente et sévère d’arythmie, c’est dire de perturbation du rythme cardiaque, affecte plus de 30 millions de personnes dans le monde et se traduit principalement par des palpitations et des difficultés respiratoires.

Si cette affection survient habituellement chez les personnes de plus de 60 ans, en association avec des facteurs de risques cardiaques comme l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque ou la maladie coronarienne, il arrive cependant que des individus plus jeunes et ne souffrant d’aucune anomalie cardiaque soient touchés. Dans la population générale, la prévalence de la fibrillation auriculaire sur cœur sain, dite idiopathique (ou en anglais « lone AF »), se situe entre 2 et 10%.

La course à pied, bonne pour le cœur

Selon une étude longitudinale menée à la fin des années 1990, un peu plus de 5% des coureurs d’orientation seraient concernés, contre 0,9% dans le groupe contrôle1. Les chercheurs en concluent que cette incidence est étonnamment élevée pour des sujets d’âge moyen qui ne sont a priori pas spécialement prédisposés à cette forme d’arythmie cardiaque. Par ailleurs, une analyse rétrospective a démontré que 63% des patients présentant une lone AF pratiquaient une activité sportive à raison de plus de trois heures par semaine.

Certains chercheurs se sont également intéressés à d’anciens cyclistes professionnels inscrits au moins une fois au Tour de Suisse entre 1955 et 1975, et à des golfeurs n’ayant jamais participé à une compétition d’endurance. Résultat : la prévalence de la fibrillation auriculaire était de 10% chez les cyclistes, contre 0% chez les golfeurs.

La pratique intensive du vélo aurait également des répercussions sur l’anatomie des athlètes de très haut niveau, puisque l’on constate que leur ventricule et leur oreillette gauche sont surdimensionnés par rapport à la norme. Or, l’hypertrophie de l’oreillette gauche pourrait être un facteur prédisposant à de plus fréquents épisodes de fibrillation auriculaire. En effet, que l’on soit sportif ou non, la dilatation de l’oreillette gauche est associée à l’apparition d’une lone AF dans la population générale. L’intensité de la pratique sportive joue un rôle important, puisqu’il apparaît que les individus y sont davantage exposés après plusieurs décennies de pratique sportive soutenue et régulière.

Les symptômes de la fibrillation auriculaire se répercutent négativement non seulement sur les performances des athlètes, mais également sur leur qualité de vie. La diminution, voire l’interruption de la pratique sportive à haute intensité peut être préconisée en première intention.

Depuis 1998, des études ont montré que le traitement pharmaceutique par des médicaments antiarythmiques était moins efficace que l’ablation chirurgicale de la fibrillation auriculaire au moyen d’un cathéter, qui permet une reprise de l’activité physique. Le but de cette opération est de brûler les tissus responsables de la fibrillation auriculaire, afin d’éviter que les courants électriques indésirables ne se déplacent des veines pulmonaires vers les oreillettes (ou chambres supérieures du cœur).


1 Silbernagl, S., Despopoulos, A., Draguhn, A. (2018). Taschenatlas der Physiologie. Thieme. 9e édition. Hegner, J. (2015). Training fundiert erklärt. Ingold. 2e édition